Appartement_Témoin









Appartement Temoin Serial Projects 2017

Appartement Temoin - Serial Projects 2017

Appartement Temoin - Serial Projects 2017

Appartement Temoin - Serial Projects 2017
Photographies © Annik Wetter


Dossier Appartement Témoin 2017 (pdf)

Affiche Appartement Témoin 2017 (pdf) - Graphisme Ludovic Geber - ultra:studio

Visionner les films 1 et 2 de la série Collection particulière réalisée par Julien Basler
à partir des oeuvres de l'exposition.
























Serial Projects est une structure indépendante basée en Suisse, à Genève et fondée au printemps 2017 dans le but de développer une programmation itinérante d'art contemporain.

Plus d'informations et adhésion : info[at]serialprojects.ch

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Soutiens 2017
© Serial Projects 2017

L’exposition est scénographiée de sorte à évoquer un appartement témoin au sens propre. Chaque œuvre participe à rappeler un espace domestique. Un lit, une table, un tabouret, un buffet, des tableaux, des masques, des fleurs, un téléviseur ou un nécessaire d’entretien sont les marqueurs de l’espace faussement habitable. Ce rassemblement d’objets singuliers nie la possible définition d’un occupant type. Le temps de son passage, le visiteur est l’usager du lieu où des traces et des présences fantomatiques résident pourtant. Les héros de l’histoire, si l’exposition est bien un récit, sont confinés dans les mémoires. Toute ressemblance avec des faits ayant réellement existé reste fortuite. Les vides et lacunes sont des surfaces de projection où se reflètent les histoires inévitablement secrètes de chacun.

Au premier plan, le visiteur perçoit une immense brassée de roses façonnées artisanalement et qui donnent l’illusion d’être réelles. Un long vase en verre ne suffit pas à les contenir toutes. Une importante partie du bouquet est répandue au sol en demi cercle comme pour une veillée funèbre. Une odeur de « Freesia of London » émane du bouquet et révèle tout l’artifice. L’ensemble rend hommage à Gelsey Kirkland (1), une danseuse fragile, perfectionniste et autodestructrice qui fut aussi une icône pop, la première à figurer en couverture du Times Magazine en 1978. L’artiste avait pour habitude de danser sur une scène recouverte de roses lancées à son adresse par ses admirateurs.

Passé cette ouverture, l’exposition détient autant de centres qu’il y a d’oeuvres et leurs valeurs auratiques interragissent.

Au centre de la pièce, un lit Sans-titre (2) pour souligner son anonymat évoque instantanément l’aliénation par la structure en métal nue et le sommier en forme de grillage. L’objet destiné à une cellule, un dortoir d’internat, ou un asile trône en symbole des nuits solitaires. Pourtant, une intervention minimale sur sa structure – un soulignement fait de quatre tubes de néon blanc et une fine couche à peine perceptible de peinture argentée – en fait aussi un emblème du merveilleux. La lumière met discrètement en évidence le dessous du lit, là où se terrent les peurs enfantines.

À proximité du lit, des fougères oppressées dépassent de leur contenant : un Jardin d’hiver (3) composé de mobilier disparate. Le plateau de table blanc, où usuellement se porte l’attention, est vide. L’action se passe là aussi sous l’objet où deux cadres de fenêtres usagés en bois sombre marquent les limites. Le visiteur guigne à travers les carreaux derrière lesquels les plantes sont amassées. Les végétaux prolifèrent, buttent contre l’étroitesse de la cage de verre et parfois s’échappent à travers les vitres manquantes. Dans cet espace en ruine, la nature reprend le dessus dans un lent processus de résistance.

Exposée contre un mur, une scène de la vie quotidienne évoque la douceur d’un Été continental (4) sur un tirage photographique. Au premier plan, éclairés par la lumière particulière d’août, une table et deux chaises vides augurent d’un rendez-vous. Une caissette bleue en plastique se reflète sur le verre de la table. Magnifié par la lumière, l’objet ordinaire se mue en un château aux sommets crénelés.  En arrière plan, une piscine pour enfant dégonflée forme un cercle blanc bordé de rouge. Ombrant le haut de l’image, une lessive de vêtements sombres sèche étendue sur un fil, presque menaçante. La dense végétation pressée contre les vitres de la véranda forme le public incongru de cet instantané.

Placés presque au dessous de la photographie, deux seaux et deux balais-serpillère disposés à l’identique forment une paire d’objets jumeaux. Troublants comme un bégaiement visuel, ou une Répétition (5) tridimensionnelle, les objets semblent attendre au garde à vous un élan hygiéniste. L’ensemble sonore et auto-animé rappelle avec humour les fondements aseptisés des normes industrielles. Pourtant, le contenu de chacun des seaux – de l’eau blanchie par quelques gouttes d’écoline,  animée dans un circuit fermé – suggère aussi une fontaine propice à un ressourcement au son du cliquetis de l’eau.

Demeure (6), un grand buffet des années 1950, présente dabord sa façade comme une sorte de tranche du passé. Lorsque on le contourne, l’objet remanié montre une autre dimension curieusement bidimensionnelle. Sa structure interne est recomposée frontalement, comme une peinture dont les couleurs choisies (rouge, jaune, bleu et gris) rappellent des compositions de Piet Mondrian. Des éléments contemporains – petite bibliothèques à CD, étagères, miroirs et aplats picturaux – sont encastrés directement dans le meuble et forment une sorte de rue miniature bordée d’un alignement de maisons en coupe. 

Sur les quatre murs de la pièce d’exposition, dix Masques (7) sont dispersées sur une ligne à hauteur du regard. Tels des gargouilles contemporaines, les objets grimaçants se présentent tantôt de face ou de profil et cernent le visiteur. Les dix têtes de monstres ont été réalisés en deux étapes. D’abord façonnés en terre à modeler par des enfants ayant participé à un atelier de création, ils ont finalement été moulés et réalisés avec un matériau utilisé pour produire des tuyaux à usage sanitaire, du PVC gris.  Le choix de ce matériau définitif s’explique par la volonté de l’artiste de rendre visible ce qui est habituellement caché – la tuyauterie. Il relie aussi les objets au contexte socio-géographique des enfants résidant de Saint Fons, une ville ouvrière en région lyonnaise fortement marquée par le chômage dû aux délocalisations et à la transformation de l’industrie chimique. 

Intercalées entre les masques, Ce soir je n’irai pas danser (8), une grande peinture, deux plus petites, et trois dessins Sans-titre sont répartis sur les quatre murs de l’exposition. Les compositions sont articulées autour d’éléments de mobilier datant de 1940-50. Aux objets s’associent dans certains cas la figure humaine d’un jeune homme morcelé, statufié en buste qui se retrouve de la sorte « chosifié ». Une tête de cerf posée sur une table ainsi qu’une fourrure grise étendue au sol confèrent une énergie particulière à la série comme si quelques forces vitales émanaient de ces présences animales pourtant sans vie. L’image de la mort n’est justement jamais loin. Un crâne inversé et des présences fantomatiques ponctuent l’inquiétante étrangeté de l’univers proposé.

À proximité du meuble transformé, un film tourne en boucle dans un téléviseur de salon. Büsi (9), un banal chat devenu célèbre, ne semble pas chercher à s’extraire du cadre qui le contient. Hypnotique dans sa candeur, lapant inlassablement un lait ultra blanc, il est tout dédié à son besoin et pacifie l’espace d’exposition.
Dans cet Appartement Témoin, félins et canidés cohabitent harmonieusement. Cinq petits chiens (10) recouverts de paraffine et dont on distingue clairement la silhouette sont groupés au sols. Les petits objets de couleur blanchâtre à grise, autrefois décoratifs, saisis dans la matière lisse, sont l’ombre claire de ce qu’ils étaient avant transformation. Enfouis dans leur cocon cireux, ils dégagent une sensation d’étouffement mais aussi une potentielle métamorphose.

Sur un pillier de la salle d’exposition sont disposés des dessins sur calques qui, malgré la délicatesse du trait qui les compose, donnent un ordre : Transformes ton intérieur ! (11) Représentant des espaces rationnalisés à l’extrême, ils poussent à bout la logique du « tout inclus »  en montrant des combinaisons de meubles imbriqués dans des lieux restreints. Sous leur apparente fonctionnalité, ils démontrent comment les aménagements impossibles à vivre excluent au final l’humain à qui ils étaient pourtant destinés.

Le dernier objet qui compose l’exposition est un Tabouret-grill (12) : une contraction visuelle de deux choses - un grill et un tabouret en métal. Cet objet en trois dimensions dialogue avec une peinture murale épurée qui représente deux piles d’assiettes. Le tout forme l’évocation minimale d’une cuisine où le vide occupe une place essentielle. Le dispositif, pourtant bien visible de loin, happe le visiteur dans une zone « silencieuse », la seule de l’exposition vraiment propice à une forme de contemplation. 

Toute le dispositif baigne dans un environnement sonore composé d’un chuchotement qui se mêle au bruit « naturel » du traffic que l’on perçoit de dehors. Des mots inintelligibles, chuchotés, invitent à un impossible Rendez-vous d’automne (13) et forment un bruissement similaire à celui du vent.

Josiane Guilloud-Cavat

1. Karen Kilimnik
Gesley Kirkland, 1998
Roses en soie et parfum, dimension variable
Collection Fabrice & Jocelyne Petignat
2, 4 et 10. Claude Lévêque
Sans titre, 1990
Lit métallisé et tube néon, 92 x 205 x 70 cm
Collection Mudam Luxembourg, Acquisition 2000
© Photo : Hugues Bigo
Été continental, 2017
Tirage photographique papier, 50 x 70 cm
Rendez-vous d’automne, 2008-2017
Diffusion sonore, vent et chuchotements
3. et 5. Virginie Delannoy
Jardin d’hiver, 2011
Table, tabouret, fenêtre, plantes
Demeure, 2011
Série des meubles recto-verso, Buffet, meuble Ikea, bois, mirroirs
6. Laurent Faulon 
Masques, 2014
Série de dix masques, Ed. 3/3, PVC, dimensions variables
7. Delphine Reist
Répétition, 20145
Pompes, encre, seaux et balais à récurer, dimensions variables
8.  Edi Dubien 
Ce soir je n’irai pas danser, 2017
Acrylique,160 x 113
Quatre dessins Sans-titre
Crayon et aquarelle, 50 x 65 cm
9. Fischli & Weiss
Büsi, 2001
Vidéo couleur, dimension variable
Collection Jocelyne et Fabrice Petignat
10. Céline Mazzon
Sans titre, 2017
Objets, paraffine
Sans-tire, 2016
Aquarelle
11.  Naomi Del Vecchio
Transforme ton intérieur, 2010
Crayon gris et de couleur, dimension variable
Tabouret-grill, 2008
Objet, peinture murale, dimension variable